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La petite Lyhanna est morte, assassinée par un prédateur. Un individu déviant, qui joue avec une fillette comme un chat avec une souris, puis s’en débarrasse dans un silo abandonné, laissant sa dépouille en pâture aux oiseaux… Un homme fait-il cela ? Non. Mais un monstre…

Le monstre est un concept ancien et universel, fascinant et effrayant. Il habite aussi bien l’imaginaire que la réalité, les contes pour enfants que les faits divers.

Au IVème siècle avant J.C. Aristote a conceptualisé le monstre dans son « Traité de la génération des animaux ». Le monstre, selon lui, est une créature vivante allant « contre le cours ordinaire de la nature ». Il entend par là que le monstre présente une difformité physique contraire à ce pour quoi l’être est conçu. Une paire de jumeaux siamois est monstrueuse, par exemple, au sens où aucun des jumeaux ne peut réaliser une vie d’autonomie et de responsabilité propre à l’être humain.

Dès lors, l’humain « monstrueux » s’éloigne de son humanité, pour se situer à la frontière de l’animalité, voire au-delà. À ce titre, le monstre inquiète : L’énigme de sa différence, son caractère inclassable, éveillent la suspicion, et la peur. Il devient un objet de crainte et de rejet de la société.

Dans l’imaginaire collectif, le monstre passe d’objet de crainte et de dégoût à l’incarnation du vice et de la cruauté. Le monstre des contes se nourrit de chair humaine, dévore les enfants. Il aime la nuit, fréquente les forêts, les fonds marins, les cimetières, les lieux sombres et isolés. Il s’attaque à des innocents, ou à des êtres sans défense. Pendant la journée, il se cache ou dissimule sa vraie nature, de loup-garou par exemple, il attend son heure, se montre patient, à l’image du « K » de Dino Buzzati. Ce monstre symbolise le danger de l’inconnu, de l’altérité, et précisément, de la différence. Il invite à la prudence, à la conformité, et à la ressemblance.

Le monstre n’est pas celui que l’on croit…

Suivant cette logique, le monstre prend la forme d’un animal énorme et féroce, un loup, un kraken, une pieuvre géante, un requin blanc, voire un mégalodon. Il emprunte à la nature ce qu’elle a de plus terrorisant, pour signifier à l’individu le danger qu’elle représente, mais aussi la distance qui le sépare de ce monde de non-droit.

Si le monstre prend des traits animaux dans les contes, si son apparence humaine est dénaturée selon Aristote, le monstre humain a de tout temps existé sous une physionomie parfaitement banale ou même agréable. Ce monstre partage avec l’animal un trait précis, l’absence de morale, mais ce qui est bénin chez l’animal, est une perversion chez l’être humain. Sans cette capacité à tracer une ligne entre le bien et le mal, à discerner l’interdit parmi le possible, à considérer autrui comme une fin et non un moyen, alors, l’homme s’extrait du genre humain bien plus sûrement que par sa difformité.

Reste une question amère. Ce monstre d’amoralité, est-il un produit de la société ou de la nature ? L’absence de morale est-elle un fait de l’inné ou de l’acquis ? Qui sait ?

Isabelle Schönbächler

Isabelle Schönbächler est diplômée en Physique et Philosophie. Dans ses chroniques, elle mêle actualité et concepts philosophiques.

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