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On l’a nommée Timmy. Une baleine à bosse, échouée au nord de l’Allemagne. Elle est devenue le symbole du martyre infligé par l’homme aux mammifères marins et terrestres de tout poil. Dans la baie de Lübeck s’est joué un drame, dont on ne sait s’il était humain ou animal.

Qu’il s’agisse de la religion, de la philosophie ou du droit, ces trois grandes sphères de la pensée humaine tracent une ligne nette entre l’homme et l’animal. Plus précisément entre la « valeur » de la vie humaine et de celle de la vie animale.

La religion chrétienne, par exemple, fait une distinction essentielle entre le caractère « sacré » de la vie humaine, et le caractère ordinaire de la vie animale. L’homme est créé à l’image de Dieu, et est censé « dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, […] et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre ».

En droit, le concept de dignité de la vie humaine fait son apparition après la seconde guerre mondiale, à la suite des crimes commis par le régime nazi. La constitution de la république fédérale d’Allemagne datant de 1949 proclame ainsi en préambule de l’article 1 que « la dignité de l’être humain est intangible ». Dans le contexte du droit allemand, la dignité humaine, sans être explicitée, est le fondement de droits « inviolables et inaliénables ».

En philosophie, le concept de dignité est largement développé par Emmanuel Kant. L’homme, selon Kant, est traversé par des désirs, des pulsions, mais contrairement aux animaux, il n’est pas gouverné par eux. En effet, l’être humain est doté d’une raison pratique, laquelle dirige sa volonté selon des lois morales ou civiles. Et Kant de conclure que tout homme possède « une dignité », c’est à dire la capacité d’échapper à ses désirs et à ses instincts, la liberté de s’extraire de sa condition animale.

La dignité, un concept proprement humain?

On comprend, dans ces quelques lignes, que la vie humaine est considérée comme distincte, dans sa nature, de toute vie animale, et supérieure, dans sa valeur, à toute vie non humaine. La « dignité » de la vie humaine crée une césure profonde entre elle et tout autre forme de vie.

Tel n’est pas l’avis de certains philosophes. Jeremy Bentham, au 18ème siècle, puis Peter Singer en 1975, se sont élevés contre cette différence d’approche entre la vie humaine et la vie animale. Selon eux, si une ligne de partage existe entre deux sortes d’existences, elle se situe entre les vies « sentientes » et les vies « non sentientes ». La capacité de certains animaux à éprouver de la souffrance et du plaisir effacerait alors un peu de la frontière entre vie humaine et vie animale.

Le drame de Timmy résume bien toute l’ambivalence de la relation que l’homme entretient avec l’animal : Timmy, un être inférieur ou un frère de souffrance ? Timmy, une baleine échouée ou une vie dans toute sa grandeur ? Timmy, loin de notre dignité ou tout proche de notre cœur ?

Il n’y a qu’une seule vérité. Notre dignité à nous, humains, nous commande le respect de la vie, sous toute ses formes.

Isabelle Schönbächler

Isabelle Schönbächler est diplômée en Physique et Philosophie. Dans ses chroniques, elle mêle actualité et concepts philosophiques.

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