Skip to main content

C’est l’histoire d’un roi ayant deux fils. L’aîné, William, destiné à succéder à son père, est sage et dévoué. Le cadet, Harry, qui ne sait que faire de sa vie, se révolte et quitte sa famille et son pays avec fracas. Las, l’exil est bien triste… et le retour, tentant.

Évangile de Saint Luc, chapitre 15 (11-32). Les pharisiens, bien-pensants mais mauvaises langues, critiquent Jésus qui discute avec les publicains dont la réputation est fâcheuse. Jésus leur raconte alors cette parabole aussi puissante qu’étonnante.

Un père avait deux fils. Le cadet demanda son héritage à son père et partit le dépenser dans une vie de luxure. L’aîné resta auprès de son père pour lequel il travailla durement. Lorsqu’il eut gaspillé son héritage, le plus jeune, affamé, contrit, revint chercher asile et pardon auprès de son père. Celui-ci le couvrit des plus beaux vêtements et ordonna à ses serviteurs de tuer le veau gras en l’honneur de son fils « retrouvé ». Mais l’aîné, amer, refusa de festoyer. Son père ne lui avait jamais donné un seul chevreau à partager avec ses amis. Tout à sa joie, le père lui répondit : Tout ce qui est à moi est à toi, mais ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie !

Cette parabole célèbre évoque le repentir, la miséricorde et, plus que tout, l’amour indéfectible du père pour le fils. Dans un premier geste d’amour, il accorde sa part d’héritage à son insolent de cadet. Mais le plus surprenant, est l’accueil qu’il lui réserve à son retour : Le pardon immédiat, une fête et la réintégration au sein de la famille. On peut s’extasier devant la force des sentiments de ce père, devant cette joie profonde et sincère au retour de son fils. Il y a pourtant de quoi se révolter contre l’injustice crasse faite au fils aîné.

Amour ou justice sociale?

Pour bien la caractériser, faisons une expérience de pensée. Imaginez : Le père n’a pas deux fils, mais un fils unique. Ce fils se comporte exactement de la même façon que le cadet dans la parabole, et les réactions du père sont aussi identiques. Avons-nous la même intuition d’injustice ? Pas vraiment, car l’injustice est essentiellement relative et non absolue. Le fils aîné est ainsi traité injustement, au sens où sa loyauté lui a rapporté moins que la trahison du cadet.

On peut se demander pourquoi Jésus a introduit le fils aîné dans cette parabole, quel est son rôle ? Il n’était pas nécessaire pour exprimer l’amour inconditionnel et la miséricorde du père. Mais il l’était peut-être pour une raison : Prouver que se comporter bien est une fin en soi, et non un moyen au service d’un bénéfice personnel. Il n’empêche, le message moral est brouillé par l’injustice faite au fils aîné. Jésus a tenu un remarquable discours d’amour, mais une société forte est avant tout une société où règne la justice sociale.

Alors, quid de Harry, le rejeton terrible de Charles III ? Fera-t-il un retour en grâce ? Rien n’est moins sûr. L’accueil tiédasse reçu à Londres en ce mois de juillet n’avait rien de royal, et moins encore de biblique. Les paraboles se laissent écrire, mais le réel leur résiste.

Isabelle Schönbächler

Isabelle Schönbächler est diplômée en Physique et Philosophie. Dans ses chroniques, elle mêle actualité et concepts philosophiques.

Leave a Reply