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Dans la longue liste des croyances approximatives de Donald Trump, se trouvent « l’arnaque climatique », « la beauté et la propreté du charbon », « la honte vaccinale », et globalement, un scepticisme généralisé relativement à la production scientifique. Cet homme est-il rationnel ?

Nous avons, en principe, des raisons d’agir. La rationalité est largement comprise comme la capacité à mettre de la cohérence entre nos raisons d’agir et nos actions. Mais une autre forme de rationalité existe.

Prenons une situation simple. Arthur croit en l’existence de phénomènes magiques. Il désire fabriquer une potion d’invisibilité. Il se plonge alors dans des manuels d’alchimie médiévale. L’action d’Arthur est rationnelle au sens où :

-Il a des raisons d’agir (la croyance en la magie et le désir de fabriquer une potion d’invisibilité).

-Ces raisons sont cohérentes avec son action (se plonger dans les manuels d’alchimie).

La rationalité est ici la capacité à aligner nos raisons d’agir avec nos actions. Elle est dite « instrumentale » dans le sens où la cohérence est au service de nos actions.

Mais la croyance en l’existence de phénomènes magiques est-elle elle-même rationnelle ? La rationalité instrumentale n’est pas en question ici. C’est la rationalité « cognitive » qui est interrogée. Pourquoi une croyance serait-elle rationnelle ou a-rationnelle ? Pourquoi serait-il rationnel ou a-rationnel de croire en Dieu ? En la magie ? En la mécanique quantique ?

Rationalité instrumentale et rationalité cognitive

Dans son essai, « La rationalité », le sociologue et philosophe Raymond Boudon répond : « La rationalité qui est responsable des croyances scientifiques l’est aussi de l’installation des croyances positives et normatives ». Autrement dit, si les croyances que nous formons envers Dieu ou la magie reposent sur un bon ensemble de raisons, elles ne sont pas moins rationnelles que les croyances en la relativité ou l’électromagnétisme. Bien, mais qu’est-ce qu’un bon ensemble de raisons ?

Les raisons de croire en une théorie scientifique sont bonnes dans le sens où elles sont cohérentes entre elles, mesurables et vérifiables. Un tel système de raisons permet une croyance fiable et préférable à toute autre croyance s’insérant dans un ensemble de raisons plus faible. Toutefois, en l’absence d’un système de cette fiabilité, il peut être rationnel de former des croyances sur la base de raisons ordinaires non démenties par la science.

On peut, par exemple, croire rationnellement en Dieu, parce que la science ne se positionne pas sur ce sujet, et que cette croyance est très répandue. Par contre, Arthur, homme contemporain, ne peut pas disposer d’un ensemble solide de raisons de croire en la magie, puisque la magie est par définition contraire aux lois physiques. Il est cognitivement a-rationnel.

On peut peut-être trouver des excuses à Arthur. Pas au président américain. Ses croyances et leur propagation sont parfaitement a-rationnelles. À moins qu’elles ne soient que de fausses croyances au service de l’enrichissement de quelques-uns, auquel cas leur valeur instrumentale entrerait dans un schéma cynique, mais parfaitement rationnel.

Isabelle Schönbächler

Isabelle Schönbächler est diplômée en Physique et Philosophie. Dans ses chroniques, elle mêle actualité et concepts philosophiques.

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