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C’est une information gênante pour le hardi Pete Hegseth. À la suite d’ordres donnés sur la poursuite des opérations en Iran, des hauts gradés du Pentagone ont déposé un « non-concur » : Ils exécutent les ordres mais les désapprouvent. Jusqu’où ira l’obéissance ?

Enfants, on apprend à obéir à ses parents, à la maîtresse de classe. À l’armée, on obéit à son officier. Mais dans la vie en général, doit-on obéir ? À qui ? Et qu’est-ce que l’obéissance ?

Pour commencer, posons une distinction essentielle : Obéir n’est pas respecter les règles ! Les règles ou les lois sont impersonnelles. Elles s’adressent à tous, sans distinction, dans les conditions de leur application. Elles sont généralement restrictives, à savoir qu’elles posent des limites à l’action, plutôt qu’elles ne prescrivent une action. On respecte les règles, on n’y obéit pas, dans le sens où le respect des règles « est », littéralement, le respect d’autrui. 

L’obéissance, elle, est l’attitude consistant à se plier à un ordre donné par autrui. Un ordre, contrairement à une règle, est dirigé vers une personne ou un ensemble de personnes, et il prescrit essentiellement l’exécution d’une action. L’obéissance est donc l’attitude consistant, pour A, à faire ce que B veut, lorsque B le veut et parce que B le veut. Prenons un exemple.

Jean et Marie regardent un match de foot. Jean dit à Marie : Va me chercher une bière. Marie se lève et ramène une bière. Peut-être Marie pensait-elle aller chercher une bière pour Jean à la mi-temps. Peut-être voulait-elle lui faire plaisir à ce moment de la partie. Elle aurait alors été l’agent de son action, au sens où elle aurait agi selon sa propre volonté. Mais parce qu’elle est allée chercher une bière quand Jean le voulait et parce qu’il le voulait, elle lui a obéi.

Obéissance ou respect?

Et toute la subtilité entre la loi et l’ordre, entre le respect et l’obéissance se joue ici : En tant qu’êtres humains, nous aspirons « à faire ce que nous voulons ». Mais la formule est trompeuse. Il ne s’agit pas de « faire tout ce que nous voulons », mais de « vouloir tout ce que nous faisons ». La loi, la règle, restreint notre liberté dans le sens où « nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons », par respect pour l’autre. Mais l’ordre restreint notre agentivité dans le sens où « nous ne voulons pas ce que nous faisons », par obéissance à autrui.

Alors, faut-il obéir aux ordres ? Dans la vie courante, non ! Les enfants doivent respecter les règles mises en place à la maison et à l’école, non obéir. Les employés doivent effectuer les tâches attachées à leur fonction, non obéir. Les chefs doivent prendre les décisions qui seront mises en œuvre par leurs employés, non ordonner. L’obéissance est toujours une perte d’agentivité, une reddition de sa propre volonté.

Mais qu’en est-il alors des hauts gradés du Pentagone ? Les militaires tombent sous le coup de la loi et des ordres : Légalement, ils ne sont pas autorisés à désobéir… Reste le choix de la démission, choix que beaucoup ont fait depuis la nomination de Pete Hegseth…

Isabelle Schönbächler

Isabelle Schönbächler est diplômée en Physique et Philosophie. Dans ses chroniques, elle mêle actualité et concepts philosophiques.

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