Sommes-nous tous des parieurs ? Peut-être. Mais il semble que le pari soit un mode de fonctionnement extrêmement répandu chez les dirigeants de ce monde. Et pour cause ! Quand les risques sont pour les autres, pourquoi s’interdire ce jeu si divertissant ? Zoom sur le pari.
Le pari est une option sur l’avenir. Comment le comprendre ? L’avenir est, par définition, incertain. Mais que serait la vie si on le connaissait ? Connaître le passé permet d’apprendre des erreurs consommées. Mieux, la connaissance des évènements passés constitue la matière première de l’apprentissage, de l’étude, de la compréhension, du progrès, et, en fin de compte, de la préparation du futur. Mais qu’en est-il de la connaissance de l’avenir ?
La connaissance de l’avenir sans possibilité de le changer serait une infortune totale. Elle conduirait au fatalisme, à l’inaction ou au désespoir. De fait, le futur reste obstinément fermé à la connaissance humaine. Seul le pari sur l’avenir est possible. Il consiste à risquer un bien présent pour un gain futur hypothétique plus important, ou, inversement, à consommer un bien présent contre une perte future hypothétique moins importante. Plus le futur est hypothétique, plus le pari est hasardeux, et plus le gain présent ou futur devrait être important pour compenser la perte encourue. Le pari apparaît ainsi comme exercice de calcul entre risque encouru, gain potentiel et probabilité de succès.
Des paris de toutes sortes
Il faut distinguer les paris sur lesquels le parieur dispose d’un certain contrôle, de ceux totalement hors de contrôle. Parier à la loterie est peu risqué, mais entièrement hasardeux. D’autres paris relèvent de la préparation minutieuse, de l’entraînement, et de la maîtrise du geste. Le grimpeur Alex Honnold a ainsi réussi en 2017 l’ascension du Mont El Capitan, sans assurance, en solo intégral. Le pari avait été rigoureusement mûri, par une équipe aguerrie, et, d’une certaine façon, son succès était entre les mains de son protagoniste.
Les paris fous existent. Jouer à la roulette russe consiste à risquer sa vie avec une probabilité élevée de la perdre, pour gagner l’estime d’un compagnon de boisson… Étrangement, les paris sages sont moins fréquents que les paris fous. Le plus fameux est attribué à l’immense Blaise Pascal. Ce mathématicien et philosophe a affirmé que la conformité à la loi chrétienne était un pari avisé, le risque de brûler en enfer étant potentiellement proche de zéro, mais si terrible qu’aucun gain présent ne pouvait le justifier. A-t-il gagné ?
En 2022, Poutine a parié qu’il envahirait l’Ukraine en une semaine. Pari arrogant, mal préparé, mal calculé, basé sur la méconnaissance de la volonté et du courage Ukrainiens. Peu lui chaut, les risques ne pesaient pas sur lui, mais sur les centaines de milliers de soldats envoyés à l’abattoir. En 2026, c’est au tour de Trump de parier sur la guerre en Iran. Pari de fanfaron, de bouffon, dont le président américain vantera le succès, mais qui, en réalité, ne révèlera sa véritable nature que dans un avenir lointain…