L’affaire Epstein… Une lame de fond qui emporte sur son passage milliardaires, personnalités politiques, médiatiques, et même royales. Tous ne sont pas impliqués dans les mêmes agissements, mais le dossier traîne une odeur de soufre : Celle de la pédo-criminalité.
La pédo-criminalité est le fait de pratiquer des actes d’ordre sexuels avec des enfants. Ce genre de comportement est jugé criminel dans les sociétés occidentales modernes, et la question qui se pose est : « pourquoi ». L’interrogation peut paraître choquante, tant le terrain est sensible, mais la philosophie ne rechigne pas à aborder des sujets difficiles, voire « tabous ».
Pour comprendre en quoi les actes sexuels avec des enfants sont criminels, il faut remonter un peu plus haut dans l’architecture du crime, et poser un premier jalon : Qu’appelle-t-on un « crime » ? Le criminologue américain Paul Tappan s’y colle en 1960 : Un crime est un « acte intentionnel en violation du droit pénal […], ne se justifiant pas par la défense ». Cette définition est largement admise, mais elle est purement juridique. Elle signifie qu’un acte n’est pas criminel en soi, mais uniquement en raison de l’existence d’une loi.
Dans une approche sociologique, Émile Durkheim définit également le crime en référence à un élément extérieur, la désapprobation qu’il suscite dans la société. D’après lui, nous ne réprouvons pas un acte parce qu’il est un crime, mais un acte est un crime parce que nous le réprouvons. Là encore, un acte n’est pas criminel en soi, mais parce que la société le juge comme tel. Cette définition a l’avantage de rendre compte du caractère culturel et historique du crime. Autres temps, autres lieux, autres crimes…
Le crime sexuel
En fusionnant ces deux approches, une définition philosophique du crime semble émerger : Le crime serait la transgression d’une norme sociale structurant fortement une société. Le vol, le meurtre, la torture sont ainsi autant d’actes considérés comme criminels, car portant atteinte au groupe social.
Dans les sociétés occidentales pré-années 60, certaines pratiques sexuelles sont aussi visées par la loi (adultère, homosexualité, dans une certaine mesure), parce qu’elles heurtent les normes conservatrices judéo-chrétiennes. Tout cela est balayé par le vent de révolte soixante-huitard, lorsque la liberté individuelle devient le principe social fondateur des sociétés occidentales modernes.
Au nom de la liberté individuelle, la sexualité est largement décriminalisée. Et pourquoi pas aller jusqu’à la liberté des relations sexuelles avec les enfants ? Cette digue ne cède pas, et pour cause. L’amour sans entrave se heurte à une liberté bien supérieure : Celle de toute personne à disposer de son corps, et à refuser une relation sexuelle ! L’entorse à cette liberté essentielle se nomme « viol ». Il s’agit d’un crime dans une société de liberté. Et parce que les enfants ne sont pas en mesure de faire valoir cette liberté, tous les actes sexuels avec des enfants sont criminels. CQFD.